De quoi la police liégeoise a-t-elle peur ? De la solidarité ?

Dans un article de la RTBF de ce mardi 14 avril 2020 [1], le bourgmestre de la Ville de Liège et son Chef de Corps dérapent en déclarant illégale une distribution de nourriture pour justifier le tabassage d’un habitant et en faisant fuiter à la presse des éléments du dossier qui n’ont aucun lien avec l’affaire. Ils attisent ainsi une situation déjà tendue qui risque de se compliquer encore plus dans les semaines qui viennent.

Depuis le 13 mars 2020, nous sommes confiné-es et nous avons perdu beaucoup de nos repères. Plus d’écoles, plus de lieux de convivialité où se retrouver, plus d’espace public où se poser. La menace invisible du virus et l’interdiction d’approcher celles et ceux que l’on aime, la débrouille, l’incertitude du lendemain (la liste est encore longue) sont devenues le quotidien des Liégeois-es. Chacun-e essaie de tirer son plan pour vivre au mieux, ou au moins pire la situation.Dès les premiers jours du confinement, les personnes les plus précarisées et les plus fragiles se sont retrouvées à avoir faim : plus d’économie informelle, des difficultés à faire de la récupération, à recevoir un sandwich d’une passante, à se payer des produits de première nécessité dans les supermarchés, à trouver un abri de jour, … Une situation inédite à Liège, le cours des choses était devenu encore plus incertain.

La notion d’ordre public elle-même est devenue bringuebalante et les forces de l’ordre se sont retrouvées en errance, confuses dans cette ville confinée, à chercher un nouvel ordre à faire respecter. En surnuméraire dans l’espace public, la police patrouille surarmée dans les rues, autour des parcs, des places, dans le centre et dans les quartiers, avec des instructions plus ou moins équivoques. Il est fort à parier que le bourgmestre et son Chef de Corps vivent aussi une certaine forme de confusion.La sidération des premiers jours passée, des associations, impliquées dans des initiatives solidaires aux plus vulnérables, ont poursuivi leurs actions. Elles ont été rejointes par d’autres habitant-es sensibles et sensées. Ensemble, ils ont poursuivi leur travail de récolte et de distribution de colis alimentaires, ils ont cuisiné, trouvé des hébergements, cousu des masques et des blouses. Et ce, malgré les difficultés inhérentes au confinement. Il s’agissait de prendre soin de toutes et tous, de pouvoir agir sur la situation. Ces habitant-es solidaires construisent et entrevoient une société du soin, pour soi et pour les autres, loin de la gestion de la pauvreté par la police qui est la réponse politique de la ville depuis 40 ans.

Est-ce cela que le bourgmestre et le Chef de Corps craignent le plus ?

Au vu des informations qu’ils ont choisi de faire fuiter au journaliste de la RTBF, il faut le croire. Suite à une interpellation musclée et arbitraire de deux individus venus chercher de la nourriture dans un lieu du centre-ville et dans lequel nous sommes bénévoles (nous n’étions pas là le jour des faits), le rapport de police qualifie d’illicite la distribution de nourriture qui s’y produit et justifie ainsi ses propres dérapages.Cette cohabitation entre une gestion sécuritaire de la ville qui fonde son ordre sur la valeur marchande des échanges entre Liègeoi-es, et une gestion solidaire des ressources et des besoins, ne peut qu’amener tensions et dérives policières.En qualifiant d’illicite une distribution alimentaire, on criminalise toutes les formes de solidarité qui ne seraient pas sous le contrôle de la police. Le refrain est bien connu, les pauvres sont pauvres parce que ce sont des criminels. Et par conséquent, ils ne méritent qu’humiliation et mépris.

Le bourgmestre socialiste et sa police ne vont quand même pas commencer à expliquer que les situations de précarité et de grande pauvreté dans la ville, que nous partageons, sont liées à un système qui produit des inégalités et dont ils sont les principaux gardiens.Nous ne sommes évidemment pas du tout impressionné-es par leurs menaces. Nous voulons une société de soin. Nous faisons sans doute des erreurs et si les autorités se transformaient en gardiens de la paix, en protecteurs des plus exposé-es à la violence quotidienne, et arrêtaient de nous infantiliser, elles seraient alors les bienvenues pour discuter avec nous des bonnes pratiques sanitaires. Nous avons envie d’apprendre. Mais nous continuerons à refuser l’ordre sournois et absurde de personnes qui ont peur de perdre leur autorité et en deviennent agressives.Ce que nous redoutons le plus, c’est qu’une telle approche réduise à la seule délation le pouvoir d’agir licite des habitant-es.

Dorénavant, et pour répondre à cette provocation cynique, nous allons intensifier la récolte et la distribution « illicite » de nourriture et de masques.L’enjeu est de taille si nous voulons cultiver les façons de soigner celles et ceux qui souffrent. Pour rappel, la sécurité sociale et les améliorations des conditions de vies ouvrières à Liège sont nées de pratiques de solidarité et de soins qui étaient elles aussi bien souvent déclarées illégales par les prédécesseurs de ces chefs et bourgmestres. Ces pratiques sont devenues ce à quoi nous tenons le plus.

#autodéfensesanitaire

Pour l’assemblée des usages de la Cafétéria collective Kali

Emilie Rouchon, Marc Monaco, Mehdi Tekaya, Julien Pieron, Younes Bouliki, Catherine Wilkin, Linda Tebache, Sandrine Peters, Genevieve Dessoy, Gregory Pascon, Sébastien Borguet, Manon Lengler, Giuliano Di Vito, Sabina Sebastiani, François Thoreau, Frank Laisne, Alice Tahon

Autres signatures

Amélie Adam ( militante pour les droits humains), Vinciane Despret (ULiège), Marc-Antoine Gavray (ULiège), Christine Mahy (secrétaire générale et politique du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté), Christine Pagnoulle (ULiège), Nicolas Thirion ( professeur de droit – ULiège ), Pierre Ozer (ULiège), Julien Dohet ( syndicaliste ), Valérie Bada (ULiège), Noëmie Cravatte (Enseignante), Sophie Bodarwé ( citoyenne, Fédération des Maisons Médicales), Pierre Bailly (dessinateur), Laura Aristizabal (ULiège), Géraldine Brausch ( citoyenne et enseignante), Florence Ronveaux (Travailleuse sociale), Fabrice Collignon (citoyen et entrepreneur solidaire), Nicole Coulon, Moira Odaert ( infirmière), Cédric Leterme, Patrick Leonard (citoyen et artiste), Claire Nanty ( libraire), Luca Piddiu, Amine Taiymi, Nathalie Dupont ( travailleuse sociale), Lara Persain ( citoyenne et comédienne), Pierre Beaulieu (chercheur en sciences sociales et musicien de Kaméléon), Oliveira Tifany (historienne), Luis Pincheira (Citoyen et artiste), Pascal Fontaine ( Citoyen, travailleur social), Laurent Van Mullem ( citoyen, administrateur de l’asbl Les oiseaux s’entetent), Muriel Deborman ( citoyenne et enseignante ), William Donni (travailleur social et militant), Magali Arnould, Benjamin Sleijpen, (artiste citoyen), Marie-Anne Muyshondt, , Sandra Roubin ( CVFE), Youri Collet, Roger Herla ( CVFE) , Jonas Jobé (citoyen et militant liégeois), Aurore Dekeyser (citoyenne et militante ), Françoise Coster (citoyenne , formatrice en criminologie et en psychologie ), Jean-Marc Loncar ( Citoyen et militant antifa ), Lucie Leclerc ( comédienne et DJ ), Christophe Wullus (citoyen), Nathan Van Eenaeme (citoyen et militant liégeois), Karim Bechoux, Nadine Pollain ( citoyenne), Julie Hanique (citoyenne), Hugues Croibien. (Pas citoyen. Artiste. Employé ), Sophie Lou, Fanny Maréchal (étudiante), AF Lesuisse (citoyenne), Claire Scoyer, Dina Vandensteene (citoyenne), Gianni Lusi ( Formateur SETCa -FGTB), Mélo Lambert (travailleuse sociale, artiste, citoyenne), Pierre Pagacz (sociologue ), Muriel Sacco (chercheuse ulb), Christel Legisa, Julie Peyrat (citoyenne), Martin Guerard (JOC), Pascale Botilde (militante – énervée – infirmière ), Zoé Masquelier ( Joc Wapi-Tournai), Roger Nzabahimana, Rachel Flausch (citoyenne), Marie Sion (enseignante), Julie Mottet (artiste et citoyenne), Pierre Etienne ( Enseignant-Chercheur), Emilie Corswarem, (chercheuse FNRS – ULiège), Charles Beuken (citoyen), Julie Reynaert (citoyenne), Ferdinand Despy (citoyen), Eva Zingaro-Meyer (citoyenne et comédienne), Mégane Kergoat (citoyenne), Giulia Chiodo (citoyenne liégeoise), Leslie Apers (citoyenne artiste), Celine Martin (citoyenne), André Rapaille (citoyen), Macha Vanlaer (Ancienne travailleuse sociale), Meghan Bredo (Citoyenne liégeoise), Maxim Mazy (citoyen jardinier), Noellie Denomerenge (facilitatrice en prévention des inégalités au RWLP), Elodie Bertholomé (citoyenne, enseignante), Julio Rodríguez (Citoyen), Edith Bertholet (citoyenne), Couclet Yvan (citoyen et enseignant en promotion sociale), Nathalie Bourguignon (citoyenne liégeoise), Najat Bounafaa (Citoyenne et enseignante en Haute École), Stephanie Borguet (Citoyenne), Elise Imberechts (citoyenne), Amalia Carrera (citoyenne et travailleuse socio-culturelle liégeoise), Evelyne Balteau (citoyenne et rebelle XR-Liège), Nathalie Caprioli, Sophie Dawance (ULiège), Alexis Garcia (artiste), Sibylle Gioe (avocate et citoyenne), Laura Lamouchi (citoyenne, membre des AmiEs de la Terre), Jean-Philippe Possoz (ULiège), Elisabeth Rasson, Olivier Vangoethem (citoyen liégeois), Charlotte Willems (citoyenne), Bénédicte Merland, Françoise Mainguet (Facilitatrice en prévention des inégalités sociales), Marianne Jonart (citoyenne et enseignante), Christian Jonet (citoyen), Isabel Cué (citoyenne et comédienne animatrice), Ludwig Simon (mendiant d’humanité), Olivier Vangoethem (citoyen liégeois), Francesca Bernacconi (citoyenne), Aude Gaspar ( militante féministe, graphiste, citoyenne liégeoise), Michaël Lambert (écrivain), Marie Tamma (citoyenne et travailleuse sociale), Faiza Hirach (militante IWW Belgium), Yannick Van Eenaeme (citoyen et militant liégeois), Justine Huppe, Jean-Christophe Yu, Didier Somzé, Liliane Fanello, Patrick Dessart, Elisabeth Leroy, Bernard Legros (essayiste, enseignant), Patrick Leboutte (essayiste, enseignant), Francis Leboutte (Stop5G.be), Jacques Aghion (professeur honoraire ULG), Charles Culot, Caroline Glorie.

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